PEYRE-ROSE: mythique

Publié le par Loïck


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    14/05/07. Caveau grains nobles.

 

Nous avons assisté à une dégustation de haut vol en compagnie de Marlène Soria propriétaire et créatrice du domaine il y a une vingtaine d’années.

Tout est partie de rien comme par miracle…à St Pargoire dans l’Hérault.

 

Marlène qui travaille dans l’immobilier en bord de mer achète une demeure dans un milieu plus rurale (comme elle aime le dire) pour venir y séjourner pendant ces congés. L’immobilier s’essouffle et Marlène est condamné au chômage technique. Elle décide donc de défricher la garrigue pour y planter de la vigne. L’idée première est de faire un petit vin pour s’amuser.


Les vignes sont plantées entre 1984 et 1987. Majoritairement syrah complété de grenache et de mourvèdre pour les rouges. Pour le blanc roussanne, rolle, ugni blanc et terret. 17 hectares sont plantés en 3 ans.
Dés le début les vignes sont  cultivé selon les principes biologiques et les sols sont vierges de toute molécule de synthèse.

 
La première vinification a eu lieur en 88 et la première mise en bouteille en 90. Sans matériel suffisant Marlène Soria décide de se rapprocher de la cave coopérative. La coopérative lui demande alors un engagement de 25 ans. Elle refuse. Elle doit donc écouler un stock d’un vin méconnu du Languedoc. Autant que c’est perdu d’avance. Que cela ne tienne le bouche à oreille fonctionne et ses vins arrivent jusqu'à Robert Parker, sans retenu devant la qualité de ces crus. La légende Peyre-rose est née.

Aujourd’hui le domaine possède 23 hectares en rouge et 2,5 hectares en blanc.
Deux cuvées sont faites en rouge avec des élevages en cuve (30% des 2002 ont été passé en foudre) très longs (jusqu’à 4 ans):

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Le Clos des Cistes - 15 % grenache, 85% syrah - Entre 18 et 20 hectos/hectare. Le plus accessible dans sa jeunesse et le plus fougueux et sauvage après 10 ans de garde. Il possède plus d’acidité et de tannins que Syrah Léone. Il a plus de fruit que Syrah Léone et se traduit par une trame aromatique très large : garrigue (thym, laurier…) , ronce, mûre, animale, sous-bois…..Potentiel de garde énorme.

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Syrah Léone - 15% mourvèdre, 85% syrah - Entre 18 et 20 hectos/hectare. Plus fermé dans sa jeunesse que le clos des cistes, il semble le plus en place des deux après 10/12 ans de garde et moins fougueux. Il possède plus de rondeur et d’onctuosité que le Clos des Cistes. La trame aromatique et là aussi très impressionnante : épices, garrigue, grillé, café, torréfié, chocolat…sous bois et animal au vieillissement. Lui aussi possède un potentiel de garde impressionnant.

- Une troisième cuvée verra le jour d’ici 3 ans sur des vignes plus jeunes (30% grenache, le reste en syrah).

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En blanc une seule cuvée est produite. ORO à aussi un élevage qui lui confère une onctuosité et une puissance folle. La trame aromatique est invraisemblable : fruits jaunes et blancs très mures, miel, cire, noix, noisette…

 



Voici le détail de la dégustation :


Clos des cistes 1993 :

Robe encore jeune légèrement dégradé sur le bord. Nez minérale, fruits rouges très murs, thym (magnifique), rose fanée…puissant et complexe.
La bouche est puissante, fluide avec une belle acidité. La finale est dure et tannique, limité agressive.
Vin sauvage de demi-corps. Il ne semble pas être en place car fait preuve d’agressivité en bouche. Le nez lui est magnifique.


Syrah Léone 1994 :

La robe est plus évoluée que les cistes 1993. Un vrai dégradé orangé sur les bords qui montre l’évolution du vin.
Le nez est puissant. Sous-bois, champignon, pain grillé, café.
Le vin en bouche est harmonieux. Plus abouti et beaucoup mieux en place que son prédécesseur. Le vin est droit et s’étire délicatement.
Vin harmonieux, à son apogée. Il garde une fraicheur intacte.

 
Clos des cistes 1995 :

Robe rubis quasi intacte.
Fruits rouges très murs, confiture de myrtille, animale. Le nez fait place à une complexité remarquable.
Suave, gourmand. Toujours un surplus tannique imposant en finale accompagné d’acidité rafraichissante.
Lui aussi très sauvage, semble moins en place et du coup moins à son avantage que Syrah Léone 1995.

Syrah Léone 1995 :

Robe évolué, légèrement orangé.
On retrouve la même puissance au nez : Fruits cuits, très marqué champignon, cuir.
Bouche tendu avec des arômes de cuir très présents qui allongent la finale. La construction de la bouche est splendide.
Vin très abouti, fin. Tout semble en place. Quel vin !

Clos des cistes 1996 :

Robe un poil évoluée.
Le nez s’affirme puissamment sur des notes de fruits frais et de garrigue. Semble en phase de transition car moins complexe et moins évolué que les millésimes précédents.
La bouche est sanguine avec une attaque imposante qui laisse présager un corps splendide. En effet, le vin est élégamment structuré autour de tannins bien marqués. Splendide ! Quelle fraicheur ! Il gagne en finesse et en précision par rapport aux autres millésimes. C’est grand.


Syrah Léone 1996 :

La robe commence à évoluer.
Le nez est boisé (du au terroir selon Marlène Soria), fruits noirs, chocolat et animal.
L’attaque est puissante et compacte. Le vin est opulent en bouche et impose sa matière.
Tout comme cistes 96 le vin est plus précis et plus nette. Très belle construction de bouche.

Clos des Cistes 1998 :

Robe jeune non marquée.
Le nez est épicé (cannelle) accompagné de fruits noirs. Le nez est fermé.
La bouche est pleine concentrée avec des notes de cerise burlat. Finale sauvage.
Le vin est massif et structuré avec un surplus tannique bien marqué. Promis à une très longue garde. 
 

Clos Syrah Léone 1998 :

Robe jeune mais beaucoup plus translucide que cistes.
On retrouve comme sur cistes 98 un nez épicé sur la cannelle, plus ce côté boisé.
Moins sauvage que cistes en bouche plus rond mais lui aussi armé de tannins solides.
La garde, la garde, la garde… les 98 sont d’une jeunesse hallucinante.


Clos des cistes 2002 (30% de foudre):

Robe beaucoup translucide que les millésimes précédent….étrange.
Le nez embaume la confiture de mûre et de cerise noire, léger boisé et notes de chocolat.
La bouche est fraiche la trame aromatique est bien présente en bouche et le vin fait preuve de puissance, la bouche est bien structurée. J’aime beaucoup.
De millésime en millésime les vins s’affirment de façon plus précise et plus fine.
 

Syrah Léone 2002 (30% de foudre):

Robe beaucoup plus profonde que Cistes.
Le nez fermé, on perçoit quelques notes de grillé / boisé.
La aussi la bouche est plus précise. Le milieu de bouche possède un joli moelleux. Bouche étendu et opulente qui finit sur des tanins bien assis.
Il est aussi à garder avec une construction plus solide que Cistes.

ORO  1995 :

Robe dorée très colorée.
Nez ultra puissant : banane, poire très mure, ananas grillé, amande, noisette.
Bouche solide très grasse  bâtie sur la matière. Le vin développe des arômes de noix et s’écoule lentement vers une finale XXL.
Ce vin est déroutant : la matière est énorme mais il n’est pas dénué de finesse.


ORO  1996 :

Robe plus foncé, cuivré.
Le nez est plus évolué que 95 : miel, cire, noix, pain d’épices.
Beaucoup plus frais et fin que 95. Il possède un supplément de finesse indéniable. La finale elle aussi est marquée par la noix.
Ce vin et plus aérien que le 1995 mais plus évolué


Que dire ? Splendide. Mais analysons.
Il y a un vrai style Peyre-Rose : des robes très jeunes, des nez envoutants de complexité et de puissance, des vins sauvages en bouche.
Personnellement je préfère Cistes à Syrah Léone (moins fermé, moins compact) lorsqu’il est jeune et Syrah Léone (mieux en place) à Cistes lorsqu’il est plus vieux.

Autre constat : au fur et à mesure des millésimes les vins gagnent en finesse et en précisions, ainsi qu’en pureté. Ce qui est sur c’est qu’il ne faut pas les boire avant 10-12 ans, car c’est à ce moment qu’ils vont acquérir toute leur complexité aromatique si extraordinaire.

Quand à Marlène Soria moi je l’ai trouvée attachante, simple et passionné. Un vrai moment de plaisir avec une femme qui à la passion et le sens du vin et qui sait transmettre des émotions simples.

PS : pas de millésime 99, 00 et 01 car du à des problèmes de revêtement dans les cuves Marlène à du jeter l’intégralité de ces trois récoltes. Elle a résisté financièrement mais cela n’a pas était facile.

 

 

 

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